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Césaire Mouté : « Nous militons pour des formations professionnalisantes »

Le 12 avril dernier débutait à Yaoundé la 4ème édition du festival  First Short, le festival panafricain de films d'école. Nous sommes allés à la rencontre de son promoteur Césaire Mouté. Il nous parle des innovations de cette édition mais aussi du bilan des éditions précédentes et les perspectives

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Césaire Moute (Droits réservés)


- Du 12 au 15 avril prochain, votre festival célèbrera sa 4ème édition. Quel bilan pouvez-vous établir des 3 précédentes éditions ?


Le bilan de ces trois dernières éditions est largement positif, parce qu’en trois éditions, nous avons eu près de 1500 personnes qui ont pris part aux activités du festival. Nous avons projetés plus de 100 films d’école, nous avons  initiés des ateliers sur le jeu d’acteur et le son. A travers ces initiatives, plus de 40 jeunes ont été formés et ont reçu les rudiments nécessaires. Vous conviendrez avec moi qu’on ne peut être bien formé en un laps de temps.
En ces trois années également, nous avons reçu le soutien des aînés notamment le regretté Arthur Si Bita, Gérard Essomba Mani, Martin Poulibe et bien d’autres.
On peut véritablement affirmer que ces trois années sont positives car elles nous ont servi de premiers pas, dans l’initiation de ce projet qui évolue au pas de course.

- Qu’est-ce que votre festival a apporté de neuf dans le paysage cinématographique camerounais ?

Avant on ne s’intéressait véritablement pas aux films d’école. Les gens ne savaient pas ce qu’est un film d’école. Le festival a permis de montrer qu’il existe plusieurs écoles de cinéma au Cameroun à savoir l’Université de Yaoundé 1, l’IFCPA, l’Institut des Beaux-Arts de Foumban, l’Ecole Supérieure de L’Audiovisuel et de Télévision de l’Université Saint Jean Paul II, l’Institut du Sahel et beaucoup d’autres écoles privées qui forment dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel. Donc grâce à nous quand même, on a pu avoir cela.
Nous avons également plusieurs jeunes qui ont remportés des prix qui leur ont permis d’effectuer des tournées à travers l’Afrique. Je prends l’exemple du jeune et talentueux réalisateur Jean Marc Anda, dont le film a reçu deux prix l’année dernière au festival. Aujourd’hui il est au Maroc pour un autre festival de films d’école et il ya quelques semaines, il représentait le Cameroun à la 25ème édition du Fespaco.
Nous avons beaucoup d’autres jeunes qui sont passés par chez nous et qui travaillent désormais avec des réalisateurs assez connus. Tout ceci prouve quand même que nous avons apporté quelque chose d’important dans le milieu de la cinématographie moderne, aussi modeste soit-elle.
Le festival a également permit de réunir des étudiants de cinéma venus  de tous les pays d’Afrique.

- Le thème retenu pour cette année est « Cinéma camerounais et législation ». Qu’est-ce qui vous a incité à choisir ce thème ?

Nous avons été premièrement choqué de savoir qu’à chaque édition, le festival se retrouve en train de payer les visas d’exploitation des réalisateurs alors qu’ils sont supposés payer ces visas en tant qu’auteurs et garant de l’œuvre.
Un autre constat c’est que lorsque nous nous baladons dans les rues du pays, vous allez voir des jeunes qui vous disent qu’ils tournent des films alors que le ministère n’est pas au courant. Alors, nous voulons donc, montrer à travers cette conférence-débat qui se tiendra à l’université de Yaoundé I que pour faire le cinéma il faut maitriser la législation.
En politique, il y a la législation, en Economie, il ya la législation. Pourquoi dans le domaine cinématographique, les gens ne vont pas respecter la législation. Les cinéastes en particulier, doivent savoir qu’après avoir réalisé un film, il faut absolument l’envoyer au Ministère des Arts et de la Culture, pour que le ministère le renvoie à la commission des normes et de contrôle pour qu’on essaye de voir si le film respecte la législation en vigueur, afin de s’assurer que les textes du film ne violent pas certains articles de la loi, je fais appel ici à la loi de 88 portant sur l’activité cinématographique.
Par ces échanges, nous entendons sensibiliser la majorité des camerounais : amateurs et professionnels sur le bien-fondé de l’activité cinématographique au Cameroun qui nécessite un minimum de législation dont l’autorisation de prise de vue, avant le tournage ; le visa d’exploitation pour valider le film et permettre au ministère de répertorier l’ensemble des œuvres faites sur toute l’étendue et en même temps, ça permet au réalisateur d’être vu. Vous comprenez donc qu’avec ça, les réalisateurs ne pourront pas dire qu’on ne s’occupe pas d’eux.

Quand on entend législation surtout dans le contexte politique actuel, on a plusieurs questions qui nous viennent à l’esprit. Etes-vous pour la censure ? Sinon à quel genre de loi pensez-vous ?

Pour la censure non ; ça dépend de la censure. Vous savez les films à caractère purement érotique, pornographique, trop idéologique même ne sont pas acceptés. On peut faire un film sur les droits de l’Homme d’accord mais lorsqu’il passe à la censure c’est autre chose.
Lorsque nous parlons donc de loi, comme je l’ai dit dans la question précédente, c’est pour sensibiliser les gens sur l’activité cinématographique en général.
Nous sommes souvent embarrassés d’être obligés d’arrêter la projection de certains films car n’ayant pas obtenu de visa d’exploitation. C’est vrai que le contexte actuel s’y prête mais en tant que jeune, on devrait respecter la législation en vigueur.

Et si nous revenions sur la genèse de votre festival. Pourquoi avoir mis sur pieds un festival de films d’école dans un pays où les activités des quelques écoles de cinéma qui existent sont quasiment inexistante ?

La première motivation de mettre un festival comme celui-ci sur pieds vient du fait qu’en 2014, alors que nous étions en troisième année de licence, avec quelques camarades, nous avons pensé qu’il était bon de créer une véritable plateforme de rencontre entre les étudiants des écoles de cinéma, qui leur permettrait de regarder les films projetés pendant ce festival là parce qu’on a vu des camarades faire des films du niveau I mais qui ne se rappellent plus du titre du film au niveau II. Cette plateforme servira donc à vulgariser ces œuvres-là.
Un autre objectif c’est également la promotion des écoles de cinéma. Aujourd’hui on dénombre près de 10 écoles de cinéma au Cameroun, ce qui montre quand même que les choses évoluent.
Aussi, nous militons pour des formations professionnalisantes. On a vu de jeunes très talentueux qui ont travaillés avec des aînés pendant plus de 10 ans sur les plateaux et qui ont suivis de petites formations ici et là, de petites séminaires et qui aujourd’hui parlent avec aisance dans leur domaine et ce sur le plan international également.

- Qu’est-ce que votre festival fait, en dehors de diffusion, pour promouvoir la création cinématographique au Cameroun ?

En dehors de la promotion des films, nous avons l’association « Cinevision » qui promeut les arts et la culture au Cameroun, donc nous suivons les jeunes et leurs œuvres. Lorsqu’un film est diffusé chez nous, nous le faisons passer dans les autres festivals pour lui donner une longue vie.
Nous participons aussi à la formation des jeunes, nous les envoyons sur des plateaux, vers des écoles de cinéma et vers des mentors pour les encadrer.

- Quelles sont les innovations majeures pour cette quatrième édition ?

Cette année, nous avons institué le  Le stylo d’honneur  ou le prix Arthur Si Bita  pour commémorer Arthur Si Bita qui nous a été d’un grand apport. Ce prix sera décerné à un cinéaste camerounais pour l’ensemble de ses œuvres.

- Pourquoi avez-vous choisit de mettre en avant pour cette édition le cinéaste Arthur Si Bita? Comment se passera cet hommage?

Arthur Si Bita, c’est quelqu’un qui a pratiquement tout donné pour les films d’école. Il a dispensé des cours en master professionnel à l’Université de Yaoundé I en audiovisuel. Il a également aidé un festival qui traitait de la même thématique pendant plusieurs années.
Il nous a aussi aidé à la dernière édition par exemple, il était Président du jury et nous a donné de précieux conseils afin d’améliorer notre festival. On a eu l’impression qu’il savait qu’il allait s’en aller.  
Nous comptons commémorer l’ensemble des moments passés avec lui. L’hommage consistera à la remise du prix à lui dédié. Ce prix remis sera solennellement remis le samedi 15 avril lors de la cérémonie de clôture pour qu’on sache dorénavant qu’Arthur Si Bita n’est pas parti, il vit désormais dans nos cœur, il vit dans nos pensées.

Propos recueillis par Maïmounatou Bourzaka