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Mitoumba : « Je suis le premier Camerounais à faire diffuser une série en espagnol au Mexique »

A quelques jours de la 26e édition de la grand-messe du cinéma africain, Ebenezer Kepombia, plus connu sous le nom de scène Mitoumba, nous a accordé une interview exclusive.  L’acteur, réalisateur et producteur camerounais, connu pour ses séries à succès « Cercle vicieux », « Les déballeurs », « Foyer polygamique » et la « Reine Blanche », nous ouvre les portes de son univers dans un entretien réalisé via whatsapp. Le promoteur de Chambeny Entertainment est revenu sur l’annonce de la sélection de sa série « Otages d’amour » au Fespaco . Il a également planché sur la production et la distribution des films.

ebenezer kepombia 

« Otage d’amour » est en lice pour l’Etalon de la série au cinquantenaire du Fespaco. Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

C’est mon ami Michel Bohiri qui m’a appelé de la Côte d’Ivoire pour m’annoncer qu’on est en train de dévoiler la sélection officielle via les réseaux sociaux et je me suis immédiatement connecté. J’étais très heureux de savoir que ma série « Otage d’amour » a été retenue pour le cinquantenaire du Fespaco. C’est toujours une grande fierté de savoir que l’œuvre que vous avez produite a retenu l’attention des gens. Surtout, d’un festival aussi célèbre que le Fespaco. C’est quand même la Coupe d’Afrique des Nations du cinéma. C’est vrai que c’était une grande joie, mais ce n’était pas une extase pour moi, car je suis un habitué de ce festival. Je sais que j’ai atteint une dimension mondiale et que mes œuvres sont diffusées de par le monde, mais surtout que je produis des films qui valent la peine d’être sélectionnés à ce festival. C’est d’ailleurs l’unique festival où j’envoie mes films. J’étais donc content que mon œuvre ait été sélectionnée. C’est une preuve que je continue à bien faire.

Votre série est en compétition avec d’autres grosses productions venant d’autres pays. Des pays qui mettent généralement plus de moyens dans le cinéma, et dont les réalisateurs bénéficient parfois du soutien du gouvernement, ce qui n’est pas le cas au Cameroun.  Pouvons-nous nous attendre à une distinction ?

Quand un film est sélectionné à un festival, il a les mêmes chances que les autres.  Si ça avait été de mauvais films, ils n’auraient pas retenu l’attention du comité de sélection. Tous les films ont les mêmes chances. C’est vrai qu’il y a aussi souvent des lobbyings dans certains festivals. Cependant, nous décrions le fait de ne pas être assez représentés à ces festivals au haut niveau. Quand j’arrive souvent dans des festivals, je vois les ministres de la Culture venus doper leurs candidats. Lorsqu’il y a une Coupe d’Afrique des Nations de football, on fait déplacer le ministre des Sports, alors qu’aucun ministre ne se déplace pour la Coupe d’Afrique du Cinéma. Par moment, même le directeur de la Cinématographie n’est pas présent. Il n’y a aucune délégation officielle présente à ces festivals.

Vous êtes indéniablement l’un des Camerounais les plus prolifiques de votre génération avec plusieurs productions à votre actif. Comment parvenez-vous à mettre sur le marché autant de séries en une année ?

J’ai eu  la chance de travailler dans le business du film.  Il y a beaucoup de Camerounais qui font le cinéma sans maitriser le business du film. Ils réalisent et produisent une série alors qu’ils ne savent même pas où est-ce que cette série ou ce film ira. On ne voit aucun Camerounais dans les grands marchés internationaux de films. Je me retrouve souvent seul au Marché du film en Afrique du Sud, à Cannes, en Côte d’Ivoire ou au Canada. A la limite avec un ou deux producteurs de la zone anglophone. J’en profite pour faire un coucou à Brenda Ellung, la productrice de "Samba".  C’est la seule qui je trouve dans tous les réseaux de vente de films. On ne fait pas un film jute pour plaire au public. C’est une marchandise, un investissement. Comme au Cameroun nous sommes à la fois producteur et réalisateur, beaucoup de cinéastes se limitent à leur travail de passion (la réalisation). Je maîtrise le business du film. Je parviens à écouler et à placer mes films et mes séries un peu partout. Je suis le seul Camerounais aujourd’hui dont au moins une série a été dans tous les pays francophones, sauf le Tchad pour l’instant. Je vends mes films partout. J’ai même eu le toupet de doubler la « La reine blanche » en espagnole que j’ai vendue sur une chaîne mexicaine . Je suis le premier Camerounais à faire diffuser une série en espagnol au Mexique. Il faut oser. J’ose et j’arrive au résultat qu’il faut. J’ai aussi la chance d’être acteur ce qui m’a rendu populaire. Beaucoup de portes s’ouvrent donc facilement à moi, sauf celles du gouvernement camerounais car je n’ai jamais reçu d’aide de ce côté. J’espère qu’ils me feront le rappel un jour (rire… Ndlr)

Vous vous intéressez de plus en plus aux séries, au détriment du long et du court métrage. Ce format serait-il plus consommé ?

C’est ma casquette de producteur qui prime. Les courts métrages en cinéma servent de tremplin. Quand quelqu’un réalise un court métrage, c’est pour se faire connaître et aller dans les festivals. On ne les recherche pas souvent dans les marchés de films. Leur taux de vente est estimé à 2%. En ce qui concerne les longs métrages, on n’a pas de réseau d’exploitation au Cameroun. Il faut pouvoir les diffuser en salle pour pourvoir rentrer dans ces fonds. Les longs métrages ne rapportent pas. J’ai bien envie de les faire, mais ma casquette de producteur prend le dessus. Même les plus grandes chaînes de télévision panafricaines n’achètent pas les longs métrages à plus de deux millions. Au lieu d’investir mes 20 millions dans un long métrage, je préfère utiliser ces fonds pour produire une série de 8 ou 10 épisodes.  
 

Un dernier mot pour vos cadets et ces milliers de fans qui vous suivent au quotidien…

Merci du soutien qu’ils m’apportent depuis le début de ma carrière. Je les invite à regarder mes œuvres et à les critiquer aussi. J’aime les critiques constructives, car elles me permettent de bonifier mon travail.

S’agissant de mes cadets, je leur demande de travailler avec abnégation, d’écouter les conseils des aînés et d’aller vers eux afin d’éviter certaines erreurs. Je leur recommande surtout de ne pas travailler avec passion. Même si le cinéma est une œuvre d’art, c’est également un business parce qu’on travaille pour vivre de son travail. Il faut qu’ils y aient un ait un business plan et qu’ils rêvent de leurs vies pour vivre de leurs rêves.

M.B.

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