fr1 en1 

Il est aussi célèbre dans le monde du cinéma que Samuel Eto’o au football. Son nom à lui seul évoque l’évolution du cinéma du Cameroun et du peuple Noir. Il a d'ailleurs été porté Chevalier de l'ordre et de la valeur nationale, lors du Fenac 2016 par le Chef de l'Etat du Cameroun. Lui c’est celui qu’on ne présente plus Bassek ba Kobhio. En dépit de son agenda très chargé, le promoteur du Festival Ecrans Noirs, nous a reçu dans ses bureaux du quartier Anguissa à Yaoundé. Avec lui, nous nous sommes entretenus sur l’organisation et le fonctionnement de son festival. Le cinéaste camerounais n’a pas manqué de donner son point de vue sur le 7ème art au Cameroun.

2

Bassek ba Kobhio ( Droits réservés)


    Vous êtes à la tête du festival Ecrans Noirs depuis 20 ans. Avec le concours de cet évènement, le cinéma du monde Noir a vu son essor à travers un espace de diffusion et de promotion important.  Quel bilan tirez-vous de ces 20 ans ?

Un bilan d’abord positif, ne ce reste que parce que nous avons pu exister pendant 20 ans. Exister pendant 20 ans, ce n’est pas donné, ce n’était  pas facile et puis nous avons connu des périodes très différentes. Lorsque nous avons commencé, je crois qu’en Europe par exemple, il y’avait une attention particulière à des choses qui n’existaient pas. Il n’y avait presque pas de possibilités de présenter des films donc nous bénéficions de certains financements qui ont très vite taris. La crise de 2008 par exemple qui a frappé le monde entier a pénalisé les activités culturelles, je veux dire le soutien de la France, de l’OIF et de l’Union Européenne. Tous ont faibli quelque part. Donc nous avons connu cette période là. Nous avons également connu des périodes où dans notre cas personnel, le Cameroun a pris en relais les financements que nous avions de l’extérieur et a commencé a subventionner notre festival jusqu’au moment où pour la 20ème édition, le Président de la République nous fait l’honneur de nous décerner le statut d’association  reconnue  d’utilité publique. Et donc ce sont toutes ces phases que nous avons connues.  Forcément on est content d’avoir survécu, de progresser, de voir l’avenir de manière pas uniquement optimiste, studieux aussi mais d’être partie prenante de la construction de cet avenir cinématographique au Cameroun et en Afrique centrale.

    Vous avez à votre compte des films, un festival, des documents et autres …Avec tout cela, qu’est ce qui aujourd’hui fait rêver le cinéaste que vous êtes ?

Ce qui me fait rêver c’est de pouvoir refaire mon prochain film. Ce qui me fait rêver également c’est de voir des gens qui arrivent chez nous, qui présentent  des films et rentrent heureux, qui sont content d’avoir été à Yaoundé aux Ecrans Noirs. Il y avait une ambiance, la possibilité de communiquer avec un public. Ça me fait rêver, ca me ferait plaisir de voir si tout cela se concrétisait chaque année de la plus belle des manières.

    Le cinéma camerounais a pris de l’envol diront certains. Qu’en pensez-vous ?

Pris de l’envol je ne sais pas. Je voudrais dire que oui il y a un dynamisme certain auprès de la jeunesse. On n’a jamais eu autant de réalisateurs, de producteurs, de techniciens, autant de comédiens qui essaiment la république. On aimerait qu’il y ait aussi beaucoup de qualité. Il y a la quantité ça c’est indéniable surtout avec l’essor du cinéma dans la zone anglophone du pays mais on aimerait que la qualité aussi émerge par exemple lors de la 20ème édition j’ai été le premier triste de constater qu’il n’y a pas eu de prix pour les films camerounais parce que le jury a estimé qu’il y avait pas de la qualité. Je crois qu’il y a du travail, qu’il ya des choses qui ont été faites mais il faut que la qualité suive.

    Revenons sur cette décision du jury, Aucun long métrage camerounais n’a été récompensé lors de la dernière édition des Ecrans Noirs, le jury a justifié cette décision par la faiblesse des scénarii.  Vous en tant que cinéaste et promoteur dudit  festival, Comment avez- vous pris la nouvelle ?

Je n’étais pas content c’est vrai, mais en même temps j’ai respecté beaucoup le jury qui a été très courageux de le faire. Il faut être courageux pour aller dans un pays et décider qu’on n’y donne pas de grands prix. Cela a amené à travailler d’avantage, la preuve c’est que le Ministre de la Culture vient de décider d’une formation du scénario qui sera organisé dans les prochaines semaines et donc cela nous amène à retrousser les manches et à dire qu’on va progresser.

    Cette décision pourrait-elle être justifiée par les problèmes du cinéma camerounais dont le plus percutent est le manque de formation ?

Il y a une question de formation ça c’est sûr et la formation coûte chère. Nous avons essayé pendant plusieurs années de former, nous allons continuer de former mais ça coûte cher, il faut trouver les moyens de financer cette formation. Je vous ai parlé de la série de formation par laquelle nous aident le Ministère de la Culture, l’ambassade de France et la coopération française à monter dans le cadre des opérations qu’on appelle CD2 ; nous espérons qu’il y aura d’autres moyens pour faire d’autres formations. La formation c’est irremplaçable. Le talent seul ne peut pas suffire en matière de cinéma. Le talent d’accord mais le travail quand on a appris.

    De nos jours, les festivals naissent au quotidien dans ce pays, on serait même tenter de dire qu’il en pilule. Au vu de tout cela, que fait le festival Ecrans Noirs pour se maintenir au top ?

Il ya des festivals qui existent, il ya des festivals qui naissent. Je crois que la plupart de ces festivals sont nés parce que les Ecrans Noirs existent. Il faut savoir qu’il revient aux Ecrans Noirs de tenir le rang qui est le leur. Il faut qu’il soit toujours le festival de référence.

    On note quand même une baisse d’engouement du public. Les sales sont souvent vides, on a assisté à certaines projections où il n’avait que le réalisateur et les projectionnistes. Qu’est ce qui justifie cela et quelles sont les stratégies mises en place pour faire renouer le public avec le 7ème art ?

Il y a eu peu de spectateurs mais ne me dites pas qu’il ya eu personne. Il ya au moins eu vous la journaliste pour  le constater. Je crois que c’est  un travail de longue haleine. Vous savez que lorsque les gens sont habitués à ne plus aller quelque part c’est un problème.   Quand les gens ne sont plus habitués à aller à un stade de foot, vous voyez même lorsque vous leur mettez le Brésil contre l’Argentine, il faut faire de la promotion pour qu’ils y aillent. A notre niveau, nous allons continuer, persévérer pour que les gens reprennent le goût à aller au cinéma, c’est pour cela que nous organisons la tournée des 52 mairies qui est aussi une manière de faire en sorte que même dans l’arrière pays, les gens seraient habitués à aller au cinéma.

    Pour le cinéma camerounais  qui manque de visibilité due à la fermeture des salles. Accordez-vous une part belle au cinéma camerounais pendant votre festival ?

On leur accorde la place qu’ils méritent dans notre festival. Nous sommes les 1ers à décrier le manque de salles de cinéma, mais il n’y a pas que les salles de cinéma pour faire voir les films. Le film peut se faire voir par d’autres moyens. Le cinéma camerounais existe, il existe par d’autres moyens mais nous aimerions que les salles reviennent pour que la place des films dans la salle se retrouve en place.

    Nous nous séparerons par les perspectives. Que nous prépare Bassek ba Kobhio ?

Nous préparons déjà le 20ème anniversaire. Nous étions à la 20ème édition mais les 20 ans c’est la prochaine fois. Nous préparons une nouvelle édition, des formations, nous sommes sur un projet de salle de cinéma. Nous avons  pleins de projets.
Nous allons lancer deux innovations cette année : il y aura la série et le marché du film d’Afrique centrale. La série oui parce qu’il y a un gros public au niveau du Cameroun, au niveau de l’Afrique centrale, au niveau du monde. Il faut voir les séries américaines qui sont pratiquement des budgets des films avec des comédiens, des superstars qui passent là dedans. La série on ne peut plus l’ignorer au Cameroun.

 

INFO PLUS

Œuvres littéraires

•    Les Eaux qui débordent : nouvelles, L'Harmattan, 1984
•    Cameroun, la fin du maquis ? : presse, livre et « ouverture démocratique », L'Harmattan, 1986
•    Sango Malo : le maître du canton, L'Harmattan, 1991

Réalisations

•    Sango Malo, 1991
•    Le Grand Blanc de Lambaréné, 1994
•    Le Silence de la forêt, 2003 (adaptation du roman du même nom
•    Grand blanc de Lambaréné , 1995
•    Chocolat, 1987



Propos recueillis par Maimounatou Bourzaka